Exposé – Français classe de 1ère (2/3)

Aujourd’hui, découvrez la suite de notre série sur les exposés préparatoires à l’épreuve anticipée de français au baccalauréat (si vous avez manqué le premier exposé, retrouvez-le ici).

Il est vivement conseillé de réaliser des exposés au cours de l’année de première. Ils permettent de faire le point sur les notions clefs qui sous-tendent les œuvres étudiées. Ces notions sont systématiquement abordées à l’oral du bac le jour de l’entretien qui est noté sur 10 points. Dans la perspective de l’écrit, ils constituent une matière incontournable soit pour situer une oeuvre dans l’épreuve du commentaire littéraire, soit pour nourrir l’argumentation en dissertation. Les œuvres citées, les arguments avancés, l’analyse des termes valorisent d’autant le travail du candidat.

Dom Juan et le libertinage – Molière
Exemple commentaire composé Dom Juan

Au XVIIème siècle, un libertin (du latin « liber », « celui qui devient libre ») est un homme qui pense que Dieu n’existe pas et qui n’adhère pas au christianisme. Autrement dit, il est un libre-penseur qui remet en cause les dogmes et la religion dans ses sacrements ou ses rites et par extension un homme de mauvaises mœurs.
Le personnage de Dom Juan, héros éponyme de la pièce de Molière, s’inscrit pleinement dans cette perspective par ses pensées et ses actes. Le personnage est repris de la légende espagnole. Cela dit, Molière lui donne une épaisseur supplémentaire dans la mesure où Dom Juan représente la jeune aristocratie française qui entoure le jeune roi Louis XIV vers 1655. C’est parmi les aristocrates par ailleurs somptueusement habillés que Molière a trouvé les traits principaux de Dom Juan (le prince de Conti avant sa conversion, Vardes, Bussy-Rabutin à titre d’exemple).

I- La remise en question du dogme par la pensée

Dans la pièce, on s’aperçoit que la pensée de Dom Juan évolue en trois temps. Il passe de l’athéisme, au scepticisme pour en arriver au défi.

a) L’athéisme

Son athéisme initial se manifeste à travers son refus de croire en Dieu qui échappe à toute démonstration scientifique. Tout son discours consiste à ramener la religion à la superstition ou au mirage. Lorsque par exemple, il voit la statue du commandeur s’animer, il en conclut à un mirage.

b) Le doute

On remarque cependant que par moments, il doute : « Si le ciel me donne un avis, il faut qu’il parle plus clairement » (V, 4). Il cherche à attiser la colère de Dieu en multipliant les provocations sacrilèges (les multiples mariages, la scène du Pauvre).

c) Le défi

Enfin, avant le châtiment final, il défie le ciel :  » non, non, il ne sera pas dit, quoi qu’il arrive, que je sois capable de me repentir » (V,5). Il rejette Dieu en toute lucidité d’où sa damnation finale dans la pièce.

Dom Juan est un personnage historiquement daté. Sa révolte (par la pensée et par l’action) en fait un personnage de tous les temps. Il est certes damné mais cette damnation ne lui ôte pas une certaine dimension héroïque. C’est un personnage qui continue de séduire .

II- Le libertinage en actions

a) le devoir d’inconstance

A plusieurs reprises, Dom Juan avance des arguments moraux et philosophiques qui légitiment son inconstance (nature, justice, exigence de liberté). Ces arguments permettent d’assimiler l’inconstance parmi les vertus. C’est la scène I acte II qui est la plus représentative à ce sujet: la fidélité devient immorale et l’inconstance se change en vertu.

b) Le plaisir et la cruauté

Le plaisir de Dom Juan passe par la jouissance physique (I, 2). C’est le cas quand il cherche à séduire Charlotte (« dents amoureuses », « lèvres appétissantes »). La sensualité et la jouissance visuelle occupent le devant de la scène. Le mariage est l’étape ultime qui permet de posséder la conquête physiquement. La dimension visuelle est très importante au point de pouvoir parler de jouissance esthétique. Ces plaisirs rejoignent aussi un plaisir cruel: Dom Juan peut être vu comme un personnage qui aime faire souffrir.

En conclusion, la question du libertinage de Dom Juan participe de la création d’un mythe. Cela dit, le personnage est historiquement daté: il fait clairement référence à l’aristocratie de l’époque de louis XIV. Par ailleurs, il est le vecteur d’une rébellion contre la religion d’état, le catholicisme. C’est à ce double titre que la pièce est scandaleuse et qu’elle sera censurée.

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Vanina Gé
Professeur de français aux Cours Thierry
J'interviens avec le souci constant de répondre au plus près des besoins des élèves de collège et de lycée dans un espace inédit de travail en petits groupes.

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